Siquijor traîne depuis des générations une réputation qui précède son image de plage paradisiaque : celle d'"île des sorcières", d'"île de la magie noire". Les habitants des îles voisines racontaient autrefois qu'on n'y allait pas sans raison, et que ceux qui y vivaient détenaient des pouvoirs à ne pas prendre à la légère. Derrière ce folklore se cache une réalité bien plus riche et bien plus digne d'intérêt : une tradition de médecine traditionnelle vivante, portée par des guérisseurs appelés mananambal.
Qui sont les mananambal ?
Le mananambal n'est ni un sorcier de conte, ni un charlatan. C'est un praticien, souvent âgé, dépositaire d'un savoir transmis oralement de génération en génération, qui mêle connaissance des plantes médicinales, rituels de prière et pratiques de soin du corps et de l'esprit. Certains sont réputés pour soigner les maux physiques avec des décoctions d'herbes locales, d'autres pour des pratiques plus spirituelles, censées lever un mauvais sort ou apaiser une souffrance que la médecine classique n'explique pas. Cette tradition puise ses racines dans un syncrétisme typiquement philippin, entre croyances animistes préhispaniques et catholicisme apporté par la colonisation espagnole, qui a longtemps assimilé ces pratiques à de la sorcellerie et contribué à forger la légende noire de l'île.
Le Healing Festival, un rendez-vous unique
Chaque année, pendant la Semaine Sainte, Siquijor vit à contretemps du reste du pays catholique. Alors que les Philippines commémorent la Passion du Christ, les guérisseurs de l'île se rassemblent au pied du mont Bandilaan, dans la commune de San Juan, pour préparer leurs remèdes annuels. Dès le mercredi saint, ils partent en forêt récolter racines, écorces, feuilles et parfois insectes, dans un rituel appelé le tang-alap. Ces ingrédients sont ensuite mélangés, bénis par la prière, et donnent naissance à des huiles et onguents censés protéger et guérir pour l'année à venir. Le point culminant de ce Healing Festival attire des visiteurs venus de tout le pays, curieux d'observer cette tradition qui ne se reproduit nulle part ailleurs aux Philippines avec une telle ampleur.
Mythe ou réalité ?
La question mérite d'être posée autrement : faut-il vraiment choisir entre les deux ? Le folklore de l'île de la magie noire a longtemps servi de repoussoir autant que d'attrait touristique, entretenu par des récits exagérés. La réalité, elle, est plus sobre et plus belle : une communauté qui a préservé un rapport ancestral aux plantes, au corps et au sacré, à une époque où ce type de savoir disparaît ailleurs. Les habitants de Siquijor eux-mêmes n'ont pas de rapport craintif avec leurs guérisseurs : beaucoup y ont recours pour des soins simples, au même titre qu'on irait voir un pharmacien.
Pour les voyageurs curieux d'aller au-delà du folklore de surface, une simple photo devant un mananambal ne suffit pas à comprendre cette culture. Dans le cadre de son tour Mystique, SiquijorBestOf propose une rencontre encadrée avec un guérisseur local, l'occasion d'échanger avec respect sur cette tradition plutôt que de la survoler, avec un guide francophone qui fait le lien entre les mots et le sens.
Pour aller plus loin : nos guides complets que faire à Siquijor et où dormir à Siquijor, avec toutes les adresses de l'île classées par zone.
